Zot Viol Li Kan Li Ti Pe Prostitue: “Monn bizin galoup touni pou mo sove”

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Kelly (prénom modifié), 35 ans, a dû faire face à d’innombrables épreuves depuis sa tendre enfance. Avec un père absent et une mère qui vivait de la mendicité, comme toute petite fille, elle rêvait d’une vie meilleure. Elle a trouvé, une ou deux fois, un semblant de bien-être, mais à quel prix ?

L’histoire de Kelly pourrait se résumer en un rêve banal d’une jeune femme en quête d’un peu de réconfort qu’elle n’a jamais réussi à obtenir. Pour y arriver, elle s’est agrippée aux premières branches, même si celles-ci étaient toujours sèches. Tous ceux qui ont partagé le lit de Kelly ont profité de sa naïveté avant de filer à l’anglaise. Laissant derrière eux des chérubins dont la jeune femme s’est occupée seule.

Originaire d’une banlieue portlouisienne elle n’a pas connu une vie qui coule comme un fleuve tranquille. Il y a toujours eu plus de bas que de haut. Et la chute n’a été que plus dure pour elle.

Linn koumans bat mwa kalot, kout pwin lor mo figir (…) Monn bizin galoup touni pou mo sove.

C’est à Bois Marchand, Terre Rouge, que Kelly a grandi. « Mo fami  pa ti ena narnie. Mo mama ti pe bizin dimann sarite », explique-t-elle. Son père, elle ne l’a  jamais connu : « Kan mo ti ena de zan, linn ale ». Vivant dans la précarité, ajoute-t-elle, elle n’a pu compléter sa scolarité. « Dan segon mem monn arete ».

Sa mère ne pouvant subvenir à ses besoins, c’est sa grand-mère, habitant la même localité, qui l’a accueillie sous son toit. « Avec ma grand-mère, cela n’allait pas. Elle était  trop sévère. Elle n’hésitait pas à me frapper et elle m’empêchait de sortir », dit-elle.

Cette vie de réclusion n’allait pas durer. Kelly a alors 14 ans quand elle fait la connaissance d’un jeune homme en se rendant à la boutique du coin. C’est le coup de foudre, voire une échappatoire pour elle. « Monn al kontan li », ajoute-t-elle. Très vite, l’adolescente déserte la maison de sa grand-mère pour se mettre en couple avec son nouveau compagnon.

C’est à Petite-Rivière que le jeune couple s’installe. « Au départ, il était gentil. À 15 ans, je suis tombée enceinte. Nous avons eu une fille. Peu après, mon compagnon a changé d’attitude envers moi et a commencé à me  brutaliser », dit la jeune femme. Elle se savait alors prise au piège par un compagnon violent. « Je n’avais nulle part ou aller », fait-elle ressortir. Elle apprendra par la suite que le papa de sa fille avait été arrêté pour une agression mortelle.

Au départ de son compagnon violent, les choses ne se sont guère arrangées. Il y a onze mois, Kelly a sombré dans l’enfer de la drogue. Devenue junkie, elle n’a eu d’autre choix, dit-elle, que de vendre ses charmes pour se payer ses doses quotidiennes. Mercredi, aux petites heures, Kelly s’est fait violer à Baie-du-Tombeau alors qu’elle faisait le trottoir.

Mère pour la septième fois

Jointe à l’hôpital, la jeune femme, la tête recouverte d’un bandage, peine à prononcer quelques mots. « J’ai la mâchoire fracturée », nous murmure-t-elle. Allongée et recouverte d’un drap pour cacher ses autres blessures corporelles, Kelly, timidement, nous confie les nombreux obstacles auxquels elle a dû faire face durant toutes ces années.

Kelly raconte avoir rencontré un nouvel homme : « Je suis allée vivre à Mahébourg cette fois-ci. J’ai eu un second enfant. Mais, une fois encore, je subissais les coups de mon nouveau compagnon ». Ces relations n’ont pas duré. « Tous ceux que j’ai connus étaient violents », nous dit-elle. Entre-temps, elle était devenue mère pour la septième fois.

Elle s’est finalement décidée à habiter seule. « Mes enfants n’habitent pas avec moi. J’ai une cousine qui est à Baie-du-Tombeau, elle m’a proposé d’emménager chez elle », poursuit-elle. Kelly dit avoir trouvé du travail dans la restauration pour un nouveau départ de sa « foutue vie ».

Toutefois, cet équilibre, fragile certes, dans sa vie quotidienne, ne va durer que durant une année quand Kelly se retrouve embarquée dans un nouvel enfer.

« J’ai un ami qui m’a proposé de la cocaïne. J’ai essayé », reconnaît-elle. Apres cette première expérience. Kelly dit y avoir pris goût : « J’oubliais tous mes soucis avec une dose à Rs 200 ». Mais très vite, elle en est devenue accro. « Au départ, je prenais un demi-gramme, mais ensuite cela ne suffisait plus », nous relate-t-elle. Il fallait qu’elle ait ses doses quotidiennes. « Il m’en fallait, le matin, la journée et le soir. Si mo pa pran mo pa gayn somey, mo pa bien. Mokone kot pou ganie », poursuit Kelly.

«Si pa gayn doz pa gayn somey»

Bientôt, elle se retrouve à court d’argent et en manque. Pour elle, une seule solution : « Monn tomb dan yen, pe bizin kas. Bizin al trace ». C’est ainsi qu’elle dit avoir commencé à se prostituer. « À 20 heures, je suis déjà sur la route. C’est Rs 1 000 pour avoir des relations dans un pensionnat, sinon c’est Rs 500 », nous dit-elle.

Cette décision de pratiquer le plus vieux métier du monde afin de satisfaire son manque de drogue qu’elle ingurgite trois fois par jour, va lui être fatale. C’était le mercredi 19 juillet. « Mo ti pe trace. 3 zer gramatin, enn boug lor motosiklet ena zis enn debarder lor li. Linn dir mwa nou gayn relasion, monn dir li non. Linn koumans bat mwa kalot, kout pwin lor mo figir », relate-t-elle.

Recherche d’un suspect

Kelly connaîtra les pires sévices sexuels de la part du motocycliste. « Monn bizin galoup touni pou mo sove », lâche-t-elle. Blessée, Kelly se retrouve à l’hôpital. Après cet épisode, elle compte bien se ressaisir. « Mo bizin sorti ladan », nous dit-elle.

Car, si cette agression l’a conduite sur un lit d’hôpital, nul ne sait ce que lui réserve sa prochaine mauvaise rencontre. Kelly le sait au fond d’elle, à voir l’expression de son visage bandé.

La police de Baie-du-Tombeau est à la recherche du suspect dans cette affaire. Elle tente de savoir si ce ne serait pas l’œuvre d’un proxénète. Afin d’y voir plus clair, les enquêteurs comptent interroger la victime une nouvelle fois. L’enquête, est placée sous la supervision de l’ACP Madhow.

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