[Vidéo] Blessé par balle par un policier: 35 ans après, Clifford Esther réclame toujours justice à la police

«Zot finn mari bat mwa sa zour-la, mo pann kav defann mwa, zot ti bokou ek zot bann revolver.» Demain, dimanche 4 mars, cela fera 35 ans que Clifford Esther espère que réparation lui sera accordée. Aigri, il maintient avoir été agressé par des policiers en 1982, alors qu’il n’était aucunement lié au délit que lui reprochait la police.

Alors âgé de 23 ans, il dit avoir reçu, lors d’un raid, une balle qui lui est entrée par la bouche et est sortie par la nuque. Il est resté plusieurs semaines durant aux soins intensifs de l’hôpital Victoria. Résultat : Clifford est paralysé d’un bras et d’une jambe et est quasiment aveugle. «De mon œil gauche, je ne vois pas du tout et mon œil droit fonctionne à 70 % seulement.»

Pour mieux comprendre les raisons de ce raid, il faut remonter au 24 février 1982. Le pays est consterné: trois voleurs, un hold-up à Curepipe, la mort d’un policier et Rs 681 000 volées. C’est le début d’une chasse à l’homme. Durant l’enquête pour retrouver les auteurs du hold-up, des innocents perdent la vie, dont des policiers, ainsi qu’un dénommé Sylvio Suntoo et sa fiancée. Ces derniers seront disculpés par la police dix ans après. Clifford affirme être lui aussi «un dommage collatéral» de l’enquête.

Malmené par un policier

L’homme, que nous avons rencontré à son domicile à Baie-du-Tombeau, revient sur cette nuit. C’était à Rivière-Noire. Il se rappelle avoir été malmené par un policier et avoir pris une balle. «Après ça, ses collègues lui ont retiré le revolver des mains, ils ont fait une réunion entre eux pour monter un scénario. Personne ne s’est préoccupé de m’emmener à l’hôpital. Je gisais au sol. Ils ont tout fait pour me laisser mourir. Mais, voyant des gens de la région s’approcher, ils ont dû me transporter à l’hôpital», dit-il.

La présumée victime a fait la une des journaux pendant plusieurs jours. La police a déclaré qu’il avait utilisé une arme tranchante contre les policiers. «Comment est-ce que je l’aurais fait alors qu’il y avait les revolvers de plus d’une dizaine de policiers pointés sur moi ?» Son combat commence alors.

Vendredi, une manifestation a eu lieu devant le Parlement pour rappeler le drame qu’a subi Clifford Esther. Avec le soutien de travailleurs sociaux, il souhaite que la vérité éclate, que justice soit faite et qu’une compensation lui soit octroyée. «Bondié lamem, li koné ki mo enn viktim, bann-la pou payé.»

Une source policière souligne que cette histoire date et que plusieurs protagonistes impliqués sont morts. «Il est fort probable que le cas Esther ne soit jamais rouvert, d’autant que la cour a classé l’affaire il y a longtemps.»

Le 30 juin 1986, en Cour suprême, le Senior Puisne Judge d’alors, Victor Glover, avait retenu la thèse de la légitime défense. Il avait déclaré qu’il ne pouvait croire à la version du plaignant car personne n’avait corroboré sa version. Il avait fait ressortir que le jeune homme avait allégué que le coup de feu a été tiré après qu’il a reçu un coup à la tête, s’était relevé avant de perdre connaissance. «There is thus no way in which the bullet could have hit the ceiling… There is, I am afraid, nothing in the evidence to substantiate this. On the contrary, the first plaintiff’s description of the events goes against it», avait argué Victor Glover.

De plus, le seul qui aurait pu plaider en faveur de Clifford Esther était son cousin, Patrick Ah-Quah. Mais ce dernier avait quitté le pays avant le procès. L’habitant de Baie-du-Tombeau a ainsi perdu sa crédibilité et a perdu son procès. Il n’aura pas plus de chance face aux policiers en appel.

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L’aide d’Eddy Sadien

Depuis quelques années, Eddy Sadien, président de Regrupma travayer sosyal, lutte pour la cause de Clifford Esther. «J’estime qu’Esther mérite amplement une compensation car la police lui a pris sa jeunesse. Il n’a pu avoir de vie normale après cet incident» L’association a adressé plusieurs lettres aux autorités concernées. Elle aide aussi d’autres personnes qui ont été «victimes de brutalité policière».

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