ELLE A LE VISAGE TAILLADÉ PAR SON ÉPOUX : MYLÈNE COLIN RACONTE L’ENFER DE LA VIOLENCE CONJUGALE

Les cas de violences conjugales ne se comptent plus. La semaine dernière, le destin tragique d’Ashna Bhayraw, 28 ans, avait ému plus d’un. Cette jeune femme avait été mortellement agressée par son époux et laissait derrière elle trois enfants. Cette fois, c’est Mylène Colin, une habitante de Ste-Croix, qui a failli y passer. Si elle a eu la chance de s’en sortir après une énième agression – encore plus violente que les précédentes –, ses cicatrices lui rappelleront toute sa vie le calvaire qu’elle a vécu. Elle nous fait le récit d’un cauchemar qu’elle ne veut plus vivre…

Son calvaire a duré longtemps, bien trop longtemps. Quand elle avait épousé Edley Colin, 31 ans de cela, Mylène rêvait d’une vie remplie d’amour et de joie aux côtés de celui qu’elle aimait tant. Mais, au fil des années, son rêve s’est transformé en cauchemar. Il a fallu de peu de temps pour que les agressions verbales de son mari se transforment en agressions physiques. Pour qu’elle se taise, il la menaçait sans cesse. «Si to al lapolis, mo touy twa», lui aurait-il dit à plusieurs reprises. Elle n’a donc rien dit, subissant ses agressions et espérant malgré tout qu’il allait changer, pour redevenir celui dont elle était tombée amoureuse à l’adolescence. Mais le jeudi 3 mai 2018, il est allé trop loin. Il l’a agressé de huit coups de couteau au visage, manquant de la tuer. Elle se retrouve défigurée à jamais mais déterminée, cette fois, à ne pas retourner dans cet enfer.

L’ultime agression de Mylène Colin l’a conduite à l’hôpital dans un état grave, alors que le père de ses trois enfants a été arrêté le 6 mai. Il a avoué son forfait. Traduit en cour de Port-Louis, le lendemain, sous une accusation provisoire d’agression, il a été reconduit en cellule, la police ayant objecté à sa remise en liberté. La quadragénaire, elle, est sortie de l’hôpital quelques jours plus tard et a trouvé refuge chez sa mère. C’est là-bas que nous la rencontrons. Le visage boursouflé et enveloppé de bandage – laissant apparaître plusieurs points de suture –, le bras plâtré, elle fait peine à voir même si elle se montre courageuse. D’ailleurs, elle a décidé de l’être maintenant pour ne plus subir la violence de son mari et vivre avec un visage marqué à jamais.

Ces dernières années, raconte Mylène, son époux et elle avaient de plus en plus de mal à se supporter et les disputes finissaient toujours par les coups qu’elle recevait. «Nous nous disputions souvent pour des choses matérielles. Il m’a déjà tailladé la jambe et l’oreille parce que je ne voulais pas lui remettre mon téléphone portable mais je ne l’avais pas dénoncé.» La violence grandissante de son mari n’était pas étranger, dit-elle, au fait qu’il prenait de la drogue synthétique depuis plusieurs années. «Je l’ai appris il y a plus d’une dizaine d’années et il ne s’est jamais arrêté.»

Mais lors la dernière agression, il a franchi un nouveau palier dans la violence. «Cela faisait un mois et demi que les disputes entre Edley et moi étaient devenues plus fréquentes ; à cause du loyer à payer, des courses à faire ou encore du temps que je passais sur Internet à parler à mes proches à l’étranger. Toutes les excuses étaient bonnes pour qu’il s’en prenne à moi. Ce jour-là, je me suis réveillée avec un mauvais pressentiment. J’ai alors demandé à ma fille de 13 ans de ne pas se rendre à l’école pour rester avec moi. Lorsque mon mari s’est rendu compte qu’elle était à la maison, il l’a emmenée acheter à manger et l’a ensuite déposée chez sa grand-mère à Cité Briquetterie avant de rentrer pour commettre son forfait.»

Aurait-il prémédité cette agression ? C’est en tout cas ce que pense Mylène Colin. Car quelques jours plus tôt, son mari, dit-elle, est entré dans une colère noire quand il est tombé sur un SMS que lui avait envoyé sa belle-fille. «Il n’avait pas apprécié que la copine de mon fils me dise “to enn zoli fam, pa pran li (NdlR : Edley Colin) kont, pa stres twa”. Il s’est énervé et m’a dit qu’il achèterait un couteau pour m’agresser au visage.» Il aurait même démissionné de son travail par la suite, arguant qu’il avait «bann aksion pou fer». Mylène Colin est alors loin de se douter qu’il mettrait ses menaces à exécution.

Les détails de son agression, Mylène Colin s’en souviendra toute sa vie. «Edley était sous l’influence de la drogue synthétique. Je l’ai entendu monter les escaliers, pas à pas, jusqu’à ce qu’il ferme la porte à clé derrière lui. Après avoir augmenté le volume de la télé pour que les voisins ne m’entendent pas crier, il s’est emparé d’un couteau qu’il avait dissimulé derrière l’argentier et s’est avancé vers moi. Il n’y avait aucune hésitation dans son regard. Il m’a tailladé le visage avec beaucoup de sang-froid. Je l’ai supplié d’arrêter, lui disant qu’il me tuerait s’il continuait.» Il ne se serait arrêté que lorsqu’il a entendu du bruit provenant de chez les voisins. Il a alors pris la fuite, abandonnant son épouse à son sort.

Blessures atroces

Mylène Colin doit son salut à son voisin Angelo qui a volé à son secours après être tombé sur son époux en bas de chez eux. «Edley lui a dit qu’il m’avait giflé et lui a demandé de venir me voir», raconte-t-elle. C’est ainsi qu’Angelo a retrouvé la quadragénaire avec le visage ensanglanté dans la salle à manger. «Elle faisait peine à voir. Ses blessures étaient atroces. J’ai essayé de rattraper Edley mais il avait déjà pris la fuite. De sévères sanctions doivent être prises contre ce genre d’individu», lâche Angelo, affligé. Le poste de police d’Abercombie a été immédiatement alerté.

Mais les officiers, déplorent les proches de la victime, ne sont arrivés sur les lieux qu’une heure plus tard. «Kouma ti ena enn police case, nous ti anvi li zwenn bann lapolis la avan. Autrement, nous l’aurions nous-mêmes conduite à l’hôpital. En attendant qu’ils arrivent, elle se vidait de son sang», confie notre interlocutrice. «Mais elle est restée forte ; c’est d’ailleurs l’une des femmes les plus courageuses que je connaisse. Elle n’a pas versé une larme.» Ce sont les policiers qui ont ensuite conduit Mylène Colin à l’hôpital Jeetoo, où elle a été admise. Mais elle ne s’y est pas sentie en sécurité pour autant car, dit-elle, «Edley n’avait pas hésité à se pointer à l’hôpital. Il a tenté de m’approcher mais j’ai pu alerter les infirmières à temps. Et il a à nouveau pris la fuite». La quadragénaire a subi une intervention chirurgicale au visage et a pu sortir de l’hôpital trois jours plus tard, soit le dimanche 6 mai. Le même jour, Edley Colin était appréhendé.

Aujourd’hui, Mylène Colin fait de son mieux pour s’en sortir, dans l’espoir que sa benjamine de 13 ans arrête de se faire du souci pour elle. Car si elle se remet petit à petit de ses blessures, elle craint que toute cette histoire n’ait une répercussion négative sur son enfant. «Elle ne va plus à l’école depuis l’agression. Elle est traumatisée. Voir sa mère dans un tel état n’a pas été facile pour elle. Edley est un malade ! J’avais déjà pensé le quitter mais je m’étais rétractée à cause de ses menaces de mort. Je me rends compte maintenant que cela n’a que trop duré.»

Désormais, elle n’a qu’un souhait : se consacrer entièrement au bien-être de ses trois enfants, âgés de 30, 23 et 13 ans. Elle sait aussi qu’elle peut compter sur leur soutien pour surmonter cette épreuve. Mylène Colin veut aussi prendre soin d’elle-même après de années de calvaire. Même si elle sait que son reflet dans le miroir lui rappellera toujours son calvaire.

Le Gender Caucus mise sur le counselling des agresseurs

«Plus d’accent doit être mise sur les agresseurs.» C’est ce qui ressort de l’atelier de travail du Parliamentary Gender Caucus, organisé le vendredi 11 mai, à l’hôtel Hennessy Park, en présence de plusieurs représentants d’ONG. «Cela fait plusieurs années que nous avons des lois qui existent par rapport aux cas de violences domestiques. Malgré la Domestic Violence Act, et malgré des peines plus sévères, nous n’atteignons pas le résultat escompté», déclare la speaker Maya Hanoomanjee, qui présidait ce comité. Elle explique qu’après les discussions avec les membres du Gender Caucus, elle s’est rendu compte que les victimes étaient toujours prises en charge – chose qu’elle considère importante – mais pas leurs bourreaux. «Nous avons conduit une étude sur le profil des agresseurs, sur les facteurs qui déclenchent cette violence chez ces personnes», souligne Maya Hanoomanjee. Mais pour le moment, la cour ne leur impose pas un counselling obligatoire. Il serait primordial, dit-elle, d’amender la loi en ce sens. Elle souhaite également qu’il y ait plus de synergie entre les ONG et le gouvernement pour des résultats plus concluants.


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